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AGEROUTE: transition d’une gestion administrative vers un pilotage structuré des infrastructures

Bilan d’une première année du Directeur général Moïse Sidibé, avril 2025 – avril 2026.

Un an après la nomination de Moïse Sidibé à la tête de l’AGEROUTE Guinée S.A., l’heure n’est plus aux annonces mais à l’évaluation. La première année de gestion apparaît moins comme une rupture spectaculaire que comme une phase de remise à niveau et de repositionnement stratégique. Une transition discrète, mais structurante.

 En chiffres : 92 agents (contre 69 il y a un an), 545 km de routes bitumées et 226 km de routes en terre en cours, 279 km de réseau prioritaire entretenus, 357 points critiques corrigés, un portefeuille de 6 projets sur financements extérieurs couvrant 482 km.

Lorsque Moïse Sidibé prend les commandes de l’AGEROUTE en avril 2025, le contexte est clair : la Guinée attend de son appareil d’exécution des infrastructures routières davantage de rigueur, de lisibilité et d’efficacité. L’enjeu dépasse la construction de routes : il s’agit d’en faire un levier de transformation économique et territoriale. L’AGEROUTE, Maître d’ouvrage délégué du Ministère des Infrastructures, doit en être le pivot encore faut-il qu’elle en ait les moyens.

Une institution à remettre en ordre de marche

Le premier chantier engagé par la nouvelle direction est interne. Plutôt que de multiplier les projets visibles, la priorité est donnée à la structuration de l’outil. Diagnostic organisationnel, clarification des responsabilités, renforcement ciblé des équipes : l’approche est classique, mais nécessaire dans un environnement où les capacités d’exécution conditionnent la crédibilité de l’action publique.

En quelques mois, les effectifs passent de 69 à 92 agents, avec un renforcement des fonctions clés : direction technique, suivi de projets, coordination. Une évolution qui peut paraître modeste au regard des besoins, mais qui traduit un choix : consolider les fondations avant d’accélérer. L’objectif est explicite : améliorer la planification, sécuriser la passation des marchés et raccourcir les circuits de décision.

Derrière cette montée en puissance, une logique se dessine : sortir d’une gestion administrative pour entrer dans une logique de pilotage opérationnel. Cette refondation organisationnelle s’est doublée d’un virage tout aussi décisif dans la manière de piloter les projets.

Un tournant stratégique : gouvernance, digitalisation et crédibilité externe

Au-delà des chantiers visibles, la transformation la plus significative est sans doute moins tangible. Elle se joue dans la manière de piloter les projets. Sous l’impulsion de Moïse Sidibé, l’AGEROUTE engage un virage vers une gestion plus outillée et plus traçable.

Plusieurs dispositifs sont lancés : Ageroute-360, Ageroute-Clic, Gestion Administrative des Donnés (GAD), ainsi qu’un engagement vers la norme ISO 9001. L’objectif n’est pas technologique au sens strict, mais organisationnel : améliorer la collecte de données, le suivi des chantiers et le reporting aux tutelles comme aux bailleurs.

Dans le même temps, l’agence consolide son positionnement sur les financements extérieurs. Un portefeuille de six projets, couvrant 482 km, est structuré, avec plusieurs axes stratégiques en cours ou en démarrage. Signal fort envoyé aux partenaires techniques et financiers, condition indispensable pour sécuriser des investissements à grande échelle.

Cette double évolution digitalisation interne et ouverture vers les financements extérieurs – repositionne progressivement l’AGEROUTE comme un acteur technique central, et non plus comme un simple exécutant. Ce repositionnement institutionnel se lit aussi, et surtout, dans les résultats observables sur le terrain.

Des résultats terrain mesurables, mais encore sous contrainte

Sur le terrain, l’AGEROUTE en sa qualité de Maitre d’ouvrage délégué, affiche une activité soutenue. Au total, 545 km de routes bitumées et 226 km de routes en terre sont en cours d’exécution. Les axes structurants RN2, RN5, RN3 ou encore les corridors interurbains concentrent l’essentiel des efforts, avec une attention accrue portée aux voiries urbaines, longtemps reléguées au second plan.

L’évolution la plus notable concerne toutefois l’entretien. En un an, 279 km du réseau prioritaire ont été traités, et 357 points critiques corrigés. Surtout, le temps de réaction moyen passe sous la barre des 24 heures, tandis que la part des interventions d’urgence recule significativement. Ce basculement d’une logique réactive à une logique plus anticipée constitue l’un des marqueurs opérationnels de cette première année.

Des projets structurants pour connecter le territoire national

Depuis sa mise en place, l’Agence pilote plusieurs programmes routiers considérés comme structurants pour l’économie nationale. Ces projets visent à améliorer la connectivité entre les régions, sécuriser les corridors stratégiques et accompagner le développement des zones agricoles, minières et urbaines.

Dans la région de la Moyenne-Guinée, la reconstruction de la route Labé–frontière Sénégal, longue de plus de 100 kilomètres, s’inscrit dans une logique d’intégration sous-régionale. Le projet vise à renforcer les échanges commerciaux avec les pays voisins et à sécuriser un corridor essentiel pour le transport des marchandises.

Dans le même esprit, les travaux de reconstruction des axes Mamou–Faranah et Mamou–Labé, ainsi que la route Nzérékoré–frontière Libéria, participent à la consolidation du réseau national. Ces corridors jouent un rôle déterminant pour l’agriculture, le commerce intérieur et l’accès aux services sociaux de base.

À travers ces projets, l’AGEROUTE ne se limite pas à la réalisation d’ouvrages. Elle contribue à structurer l’espace économique du pays, en réduisant les coûts de transport, en facilitant la circulation des personnes et en améliorant l’accès aux marchés.

L’autoroute urbaine de Kankan, vitrine d’une nouvelle génération d’infrastructures

Parmi les projets emblématiques conduits par l’Agence, l’autoroute urbaine de Kankan apparaît comme l’un des symboles les plus visibles de cette nouvelle dynamique. Conçue en 2×2 voies sur une longueur de 12,075 km, avec des aménagements modernes et des ouvrages d’assainissement adaptés, cette infrastructure vise à transformer durablement la mobilité dans la deuxième ville du pays.

Longtemps confrontée à une circulation difficile, à l’insuffisance des voiries et aux dégradations liées aux intempéries, Kankan connaît aujourd’hui une mutation progressive de son réseau routier. L’autoroute en cours de réalisation permet de fluidifier le trafic, de réduire les temps de déplacement et d’améliorer la sécurité des usagers, tout en accompagnant l’expansion urbaine de la ville.

Au-delà de l’ouvrage lui-même, le projet a un impact direct sur la vie quotidienne des populations. La réduction des embouteillages, l’amélioration de l’accès aux services publics, la facilitation du transport des marchandises et le désenclavement de certains quartiers contribuent à renforcer l’activité économique locale.

Pour l’AGEROUTE, ce chantier constitue également une référence en matière de pilotage technique. En assurant le suivi des travaux, le contrôle de la qualité et la coordination des différents intervenants, l’Agence confirme son rôle de maître d’ouvrage délégué au cœur des projets structurants du pays.

Des fragilités persistantes qui limitent le passage à l’échelle

Pour autant, le bilan ne peut être lu sans intégrer les limites structurelles. La question du financement reste centrale. Les retards de paiement et l’irrégularité des ressources continuent d’affecter le rythme d’exécution des travaux. À cela s’ajoutent les difficultés récurrentes liées aux emprises, aux indemnisations et aux déplacements de réseaux, qui pèsent directement sur les délais.

Autre point de vigilance : la capacité organisationnelle reste en construction. Avec 91 agents pour un besoin estimé à 150 à court terme, l’agence demeure en phase de montée en puissance. La consolidation des compétences et la stabilisation des procédures apparaissent comme des prérequis pour franchir un cap.

Enfin, la digitalisation engagée pose une question classique : celle de l’appropriation. L’enjeu n’est plus de déployer des outils, mais de les intégrer pleinement dans les pratiques de gestion. Ces fragilités identifiées ne ferment pas l’horizon : elles balisent au contraire l’agenda de la phase qui s’ouvre.

Les perspectives d’une AGEROUTE en mutation

Au-delà du bilan, c’est désormais la question du changement d’échelle qui structure les perspectives de l’AGEROUTE Guinée S.A. La poursuite des grands chantiers en cours, le lancement de nouveaux projets structurants, de la modernisation en 2×3 voies de l’autoroute Fidel Castro à la construction des ponts de Kiridi à Nongo, en passant par d’autres infrastructures majeures en préparation, s’inscrivent dans une vision qui dépasse l’exécution des travaux pour toucher à la transformation du système routier lui-même.

Parmi les perspectives structurantes, figure le projet d’autoroute Kagbelen–Tanènè, d’environ 50 kilomètres en 2×2 voies, pour lequel des démarches sont en cours auprès de la Banque islamique de développement en vue de la mobilisation du financement. Cet axe, qui constitue l’un des principaux accès à la capitale, répond à un enjeu critique de fluidification du trafic et d’anticipation de l’expansion urbaine de Conakry. Sa réalisation s’inscrit dans une logique d’aménagement durable du territoire et de renforcement de la connectivité des zones périurbaines.

Cette nouvelle phase entend aussi consolider les fondements techniques et institutionnels du secteur, à travers l’élaboration d’un catalogue national de dimensionnement des structures de chaussées, la mise en place d’un observatoire des prix unitaires des infrastructures routières, la définition d’une stratégie nationale d’entretien et de plans pluriannuels fondés sur une connaissance plus fine du réseau.

À cette ambition sectorielle s’ajoute une dynamique de modernisation interne structurée, portée par le renforcement des capacités de l’Agence. Celle-ci se traduit par le recrutement de 22 profils qualifiés, l’amélioration des conditions de travail et de mobilité du personnel notamment à travers l’acquisition de deux (2) bus dédiés au transport du personnel et des véhicules de fonction ainsi que par la mise en place de nouvelles instances de gouvernance et d’expertise. Parmi celles-ci figurent un Comité Scientifique et Technique (CST), un Comité d’Innovation et un Comité Santé et Sécurité au Travail, conçus comme des leviers opérationnels au service de la qualité, de la recherche appliquée, de la maîtrise des risques et de la performance durable.

La signature de partenariats avec de grandes universités, en Guinée et à l’international, prolonge cette logique d’une agence qui cherche aussi à produire de la connaissance. Enfin, la mise en place d’un plan de contingence pour la saison des pluies traduit une volonté d’intégrer davantage l’anticipation et la résilience dans la gestion routière. Autant de chantiers qui esquissent moins un agenda administratif qu’une ambition : faire évoluer l’AGEROUTE d’un maître d’ouvrage délégué vers une institution de référence dans la gouvernance des infrastructures.

Une transition engagée, une crédibilité à confirmer

Au terme de cette première année, le constat est nuancé mais cohérent. Moïse Sidibé n’a pas transformé l’AGEROUTE en profondeur en douze mois. Il a en revanche engagé un processus de structuration, posé des bases organisationnelles et initié un repositionnement stratégique.

L’agence apparaît aujourd’hui plus lisible, mieux organisée et plus ambitieuse dans son portefeuille de projets. Mais la véritable épreuve reste à venir. La prochaine phase ne sera plus celle de la mise en place, mais celle de la démonstration par les résultats : capacité à accélérer les chantiers, sécuriser les financements, stabiliser les délais.

En filigrane, c’est une question de crédibilité publique qui se joue. Celle d’une institution capable de tenir ses engagements dans un environnement contraint. Celle, aussi, d’un dirigeant dont la méthode repose moins sur l’effet d’annonce que sur une transformation progressive de l’outil.

Derrière chaque route, il y a un enjeu de développement, de sécurité et de cohésion : c’est là que se situe l’engagement de l’AGEROUTE.

 

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