Ce mardi 23 juin 2026, un complexe hôtelier de Conakry a vibré au rythme d’un dialogue direct et sans fard. Sous l’impulsion du groupe de la Banque mondiale, de la Société financière internationale (SFI) et de la Confédération Générale des Entreprises de Guinée (CGE-GUI), les forces vives du secteur privé et les autorités guinéennes se sont réunies pour un atelier « Business Outreach ». L’enjeu ? Lever les barrières qui freinent le développement des entreprises locales, en plein alignement avec les ambitions du programme national « Simandou 2040 ».
C’est un diagnostic sans concession qu’a dressé Patrice Camara, vice-président de la CGE-GUI. Si le représentant des chefs d’entreprise a salué une démarche de concertation inédite, il a surtout mis le doigt là où ça fait mal : la sous-utilisation chronique des financements extérieurs. « Trop de financements viennent à la Guinée et repartent parce qu’ils ne sont pas utilisés, ou parce qu’on ne sait pas comment ils le sont », a déploré M. Camara.
Pour le patronat, ce déficit d’absorption n’est pas un manque de compétences, une idée reçue que M. Camara balaie d’un revers de main, mais plutôt le résultat de contraintes structurelles majeures :
- Une méconnaissance profonde des règles de passation de marchés.
- Les lourdeurs administratives liées aux mécanismes de décaissement de la Banque mondiale.
- L’accès particulièrement difficile aux garanties financières.
Comparant la situation à une maladie que les acteurs doivent soigner collectivement, Patrice Camara a rappelé la force d’un patronat désormais unifié sous une seule voix, une dynamique de cohésion fortement impulsée par le président Mamadi Doumbouya.
De son côté, la Banque mondiale ne compte pas revoir ses exigences à la baisse, mais propose de tendre la main. Mme Fatoumata Touré, représentante par intérim de l’institution, a rappelé que le développement du secteur privé reste le pilier indissociable de la performance de l’investissement public.
Cet atelier doit ainsi servir de passerelle concrète pour orienter les entreprises locales vers des marchés d’envergure (infrastructures, énergie, agriculture, santé, numérique, développement urbain). Toutefois, le message est clair : les enveloppes viennent avec des conditions non négociables. Pour capter ces marchés, le secteur privé guinéen doit urgemment élever ses standards en matière de :
- Rigoureuse gestion et intégrité.
- Transparence absolue.
- Conformité et durabilité environnementale et sociale.
En ouvrant les travaux au nom de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, le secrétaire général du ministère, Dr Mamoudou Touré, a posé les chiffres sur la table. Le budget de l’État, qui oscille autour de 64 000 milliards de GNF (environ 7 milliards de dollars), est exécuté en grande partie via la commande publique.
Plus impressionnant encore, Dr Touré a révélé le poids financier de la coopération avec les institutions de Washington : le portefeuille d’engagement de la Banque mondiale et de la SFI se chiffre aujourd’hui à 1,5 milliard de dollars pour les seuls projets d’investissement.
Pour transformer cette manne financière en richesse locale et faire émerger de véritables « champions nationaux », l’État s’engage à attaquer de front les insuffisances opérationnelles des entreprises à travers trois leviers majeurs :
- L’application stricte de la loi sur le contenu local pour protéger et valoriser les entreprises guinéennes.
- Le rehaussement du seuil de passation des marchés publics (via la signature d’un récent arrêté), destiné à faciliter grandement l’accès des PME locales.
- L’évaluation globale des procédures nationales selon la méthodologie rigoureuse MAPS2 pour corriger définitivement les défaillances du système de gouvernance.
Cet atelier de Conakry jette les bases d’une synergie nouvelle. En instaurant un dialogue franc, direct et sans langue de bois entre décideurs publics, bailleurs de fonds et entrepreneurs, la Guinée se donne les moyens de garantir que son essor économique soit, enfin, porté et partagé par ses propres acteurs.
Aboubacar Pastoria Camara

