À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, une réalité mérite une attention particulière : la santé mentale ne se résume pas à une question médicale. Elle est profondément liée à nos conditions de vie, à notre environnement familial, à notre situation économique et à notre capacité à vivre dans la dignité, la sécurité et l’espérance.
En Afrique, des millions de familles font face, chaque jour, à des difficultés qui pèsent lourdement sur leur équilibre psychologique. Le chômage, la hausse du coût de la vie, les difficultés à subvenir aux besoins des enfants, les violences et l’accès limité aux soins constituent autant de sources d’inquiétude. Derrière ces réalités se cachent souvent des souffrances silencieuses, rarement exprimées, mais bien réelles.
Comment préserver la sérénité au sein d’une famille lorsque les ressources manquent, que les responsabilités deviennent écrasantes et que l’avenir suscite davantage de peur que d’espoir ?
Cette question nous invite à regarder au-delà des apparences. Derrière certains sourires se dissimulent parfois des parents épuisés, des jeunes découragés et des enfants qui ont besoin d’attention, d’affection et de protection. Toutes ces souffrances ne se voient pas, mais elles méritent d’être entendues et prises au sérieux.
La pauvreté, un facteur de fragilité psychologique
La pauvreté ne conduit pas systématiquement aux troubles mentaux. Toutefois, lorsqu’elle s’installe durablement, elle peut accentuer le stress, l’anxiété, le sentiment d’impuissance et les tensions au sein des familles. Vivre dans l’incertitude permanente, sans savoir comment payer le loyer, nourrir ses enfants ou financer leur scolarité, peut profondément affecter le bien-être psychologique.
C’est pourquoi la lutte contre la pauvreté doit aller de pair avec la promotion de l’emploi, l’accès à une éducation de qualité et le développement de services de santé mentale accessibles à tous.
Il ne suffit pas de demander aux personnes en difficulté de faire preuve de courage ou de résilience. Encore faut-il leur offrir des conditions de vie qui leur permettent de faire face aux épreuves et de retrouver confiance en l’avenir.
Investir dans le bien-être psychologique des populations, c’est aussi investir dans le développement économique et social de nos pays.
Protéger les familles pour préserver la cohésion sociale
Dans de nombreuses sociétés africaines, la famille demeure un espace essentiel de solidarité, de transmission des valeurs et de soutien dans les moments difficiles. Elle constitue souvent le premier refuge face aux épreuves de la vie.
Cependant, même les familles les plus solidaires peuvent être fragilisées par la précarité, les conflits, les violences ou l’accumulation des responsabilités. Elles ne peuvent, à elles seules, apporter des réponses à toutes les difficultés sociales et psychologiques.
La protection des familles doit donc être une responsabilité collective. Les États, les professionnels de santé, les écoles, les associations, les communautés et les partenaires internationaux ont chacun un rôle à jouer dans la prévention, l’accompagnement et la prise en charge des personnes en détresse.
Une attention particulière doit être accordée aux jeunes, aux femmes et aux enfants, notamment lorsqu’ils sont confrontés à la violence, à l’exclusion, à la précarité ou à l’absence de perspectives.
Protéger un enfant, écouter un jeune en difficulté ou soutenir un parent épuisé ne relève pas uniquement de la solidarité individuelle. Ce sont aussi des actions qui contribuent à prévenir les souffrances, à renforcer les liens sociaux et à construire une société plus apaisée.
Briser le silence et combattre la stigmatisation
La santé mentale reste entourée de préjugés dans de nombreuses communautés. Par peur du jugement ou du rejet, certaines personnes préfèrent cacher leur souffrance plutôt que demander de l’aide.
Cette situation doit changer. Éprouver une détresse psychologique n’est ni une honte ni un signe de faiblesse. Comme pour la santé physique, chacun doit pouvoir bénéficier d’une écoute attentive, d’un accompagnement adapté et, lorsque cela est nécessaire, de soins professionnels.
Parfois, tout commence par un geste simple : prendre le temps d’écouter un proche sans le juger, reconnaître sa souffrance et l’encourager à consulter un professionnel compétent.
Ces gestes ne remplacent pas une prise en charge médicale lorsque celle-ci est nécessaire, mais ils peuvent contribuer à rompre l’isolement et à redonner à une personne le courage de demander de l’aide.
Il est donc indispensable de renforcer la sensibilisation du public, de former davantage de professionnels et de faciliter l’accès aux services de santé mentale, notamment pour les populations les plus vulnérables.
La diplomatie scientifique, un levier de coopération pour la Guinée et l’Afrique
Face à ces défis, la coopération internationale peut apporter une contribution déterminante. La diplomatie scientifique offre notamment des possibilités de rapprochement entre les États-Unis, la Guinée et les autres pays africains autour d’objectifs communs : développer la recherche, renforcer la formation des professionnels, partager les connaissances et encourager l’innovation.
Cette coopération peut favoriser l’émergence de solutions adaptées aux réalités locales, aux besoins des communautés et aux ressources disponibles dans chaque pays.
Il est toutefois essentiel que les initiatives engagées s’appuient sur les compétences locales, respectent les réalités culturelles et contribuent au renforcement durable des systèmes de santé.
Pour la Guinée comme pour l’ensemble du continent africain, investir dans la santé mentale, c’est valoriser le capital humain, soutenir les familles et préparer un avenir dans lequel chaque personne peut trouver sa place et participer pleinement au développement de sa communauté.
La santé mentale ne doit pas être considérée comme une préoccupation secondaire, mais comme une composante essentielle des politiques de développement, de prévention des conflits et de consolidation de la paix.
La paix commence aussi dans nos foyers
La paix est souvent évoquée à travers les accords internationaux, les négociations diplomatiques et les initiatives des institutions. Pourtant, elle prend également racine dans les gestes les plus simples de la vie quotidienne : une parole bienveillante, une famille soutenue, un enfant protégé, un jeune écouté ou une personne en détresse accompagnée avec dignité.
Une société profondément marquée par la précarité, les violences et l’exclusion ne peut durablement consolider sa cohésion sans s’attaquer aux causes de ces souffrances.
Combattre la pauvreté, favoriser l’accès à l’éducation, soutenir les familles, protéger les enfants et améliorer la prise en charge de la santé mentale sont autant d’actions qui participent à la construction d’une paix durable.
En cette Journée mondiale de la santé mentale, nous devons nous rappeler qu’aucune société ne peut véritablement prospérer en laissant une partie de sa population souffrir dans le silence. La grandeur d’une nation se mesure aussi à sa capacité à protéger les plus vulnérables, à écouter ceux qui n’ont plus la force de parler et à offrir à chacun des perspectives d’avenir.
La paix entre les peuples commence par le respect de chaque être humain. Ce respect implique également de reconnaître sa souffrance, de préserver sa dignité et de protéger sa santé mentale.
Car bâtir une paix durable, c’est aussi faire en sorte que personne ne soit abandonné face à ses difficultés.
Ambassadeur Mamadou Bhoye Baldé, Diplomate scientifique et Ambassadeur de la paix, Représentant pays du UNESCO Center for Peace (États-Unis) en République de Guinée

