De l’interpellation lors des manifestations des Forces Vives à sa disparition après son évasion, le parcours judiciaire d’Ibrahima Diallo continue de susciter des interrogations. La journée du 10 mai 2023 avait été marquée à Conakry par de fortes tensions à la suite de l’appel à manifester lancé par les Forces vives de Guinée (FVG). Des affrontements avaient opposé manifestants et forces de l’ordre dans plusieurs quartiers de la capitale, entraînant des interpellations et d’importantes perturbations de la circulation et des activités économiques.
Parmi les personnes interpellées figurait Ibrahima Diallo, présenté par ses proches comme un militant du RPG Arc-en-ciel, âgé d’une quarantaine d’années et actif dans le quartier de Cosa, à Conakry. Selon son entourage, son arrestation aurait été particulièrement brutale. Ses proches dénonçaient alors l’usage de la force lors de son interpellation et s’inquiétaient de sa nouvelle privation de liberté dans un contexte politique déjà fortement tendu.
Une nouvelle arrestation dans un contexte politique tendu
Les manifestations du 10 mai 2023 avaient été organisées autour de plusieurs revendications, notamment le retour à l’ordre constitutionnel, l’ouverture d’un dialogue politique inclusif et la levée de l’interdiction des manifestations sur la voie publique. Des heurts, des jets de pierres et des actes de vandalisme avaient été signalés dans plusieurs secteurs de Conakry, notamment sur la Route Le Prince, à Bambéto, Sonfonia, Koloma et dans d’autres zones de la capitale.
Les autorités avaient dénoncé les violences, les destructions et les actes de pillage attribués à certains manifestants. Les Forces vives, de leur côté, avaient dénoncé ce qu’elles considéraient comme une répression disproportionnée des mobilisations.
Dans ce contexte, plusieurs dizaines de personnes auraient été interpellées.
Pour les proches d’Ibrahima Diallo, son appartenance politique ne devait toutefois pas suffire à établir sa responsabilité personnelle dans les éventuels actes de violence commis pendant les manifestations. Ils réclamaient que les responsabilités individuelles soient établies et que les personnes arrêtées bénéficient de leurs droits et des garanties prévues par la justice.
Du poste de la direction de la police judiciaire
Après son interpellation, Ibrahima Diallo aurait d’abord été conduit dans une unité de la police judiciaire avant d’être transféré à destination inconnue dans la ville de Conakry. Des personnes de son entourage affirmaient également qu’il aurait subi de mauvais traitements durant sa détention. Ces accusations, selon les informations disponibles dans le dossier, n’avaient toutefois pas fait l’objet d’une confirmation officielle.
Son parcours judiciaire était également présenté par ses proches comme ayant commencé plusieurs mois auparavant, notamment lors des mobilisations politiques de juillet 2022, au cours desquelles plusieurs militants de l’opposition et membres du FNDC avaient été interpellés.
Une évasion qui soulève des interrogations
C’est après son incarcération que l’affaire prend une nouvelle tournure. Selon des sources citées dans son entourage, Ibrahima Diallo serait parvenu à s’évader de l’établissement pénitentiaire dans des circonstances encore peu claires. Une source policière citée par notre rédaction affirme que son évasion aurait bénéficié de l’aide présumée de certains agents pénitentiaires présents au moment des faits.
Compte tenu du niveau de sécurité de ladite prison, cette évasion aurait rapidement attiré l’attention des services de sécurité. Les circonstances exactes de sa fuite restent toutefois à établir avec précision. Les autorités compétentes n’auraient pas, à ce stade, publiquement confirmé l’ensemble des éléments rapportés par les proches du militant.
Toujours introuvable
Plusieurs semaines après son évasion présumée, Ibrahima Diallo serait toujours recherché par les services de sécurité. Selon une personne proche du dossier, le militant aurait quitté le territoire guinéen afin d’échapper aux menaces qui pèseraient sur lui et sa famille. Cette information reste cependant à considérer avec prudence en l’absence de confirmation officielle permettant d’établir avec certitude son lieu de résidence actuel ou les conditions exactes dans lesquelles il aurait quitté la Guinée. Pour son entourage, cette disparition serait directement liée aux craintes suscitées par son parcours politique et judiciaire.
Une affaire qui dépasse le cas d’un seul militant
Au-delà du cas personnel d’Ibrahima Diallo, cette affaire intervient dans une période particulièrement sensible de l’histoire politique récente de la Guinée. Les manifestations de 2022 et 2023 avaient donné lieu à de nombreuses arrestations de militants et à de vives accusations réciproques entre les autorités et les organisations politiques et sociales mobilisées.
Les organisations de défense des droits humains avaient également demandé que les violences commises lors des manifestations fassent l’objet d’enquêtes transparentes et que les responsabilités soient établies de manière individuelle. Le cas d’Ibrahima Diallo soulève ainsi plusieurs questions : dans quelles circonstances exactes a-t-il été arrêté le 10 mai 2023 ? Quelles charges avaient été retenues contre lui ? Dans quelles conditions a-t-il été détenu ? Comment son évasion a-t-elle été rendue possible ? Et surtout, où se trouve-t-il aujourd’hui ?
Autant de questions auxquelles seules des informations officielles et des investigations documentées pourront apporter des réponses définitives. En attendant, ses proches continuent de réclamer que toute la lumière soit faite sur son parcours judiciaire, son évasion et sa disparition.
Dossier à suivre…
Alseny Camara

