Menaces de mort, brutalités, spoliation : les conflits successoraux, devenus monnaie courante en Guinée, prennent parfois des tournures dramatiques. L’histoire d’Alya Camara en est une illustration frappante : ce jeune héritier affirme avoir échappé de peu à la mort avant d’être contraint de fuir son pays.
Le phénomène des conflits liés à l’héritage en Guinée prend une ampleur inquiétante. De nombreux jeunes héritiers se retrouvent au cœur de violences graves, entre agressions, intimidations et privation de leurs droits. Le cas d’Alya Camara, aujourd’hui en exil, en est un exemple saisissant.
Selon un proche de la famille, Alya Camara a quitté précipitamment la Guinée après avoir subi pendant des années des violences physiques, des menaces de mort et une spoliation systématique de ses biens.
Alya Camara, issu d’une famille profondément attachée aux valeurs religieuses et traditionnelles soussous, perd sa mère très jeune. Celle-ci serait décédée, selon ses proches, à la suite d’une « persécution collective » liée à sa grossesse hors mariage.
Recueilli par son père, commerçant au marché de Madina, l’enfant aurait ensuite subi des maltraitances répétées de la part de sa belle-mère : privation de nourriture, brimades et coups en l’absence du père.

Tout bascule en août 2023. Son père meurt le 21 août, « probablement empoisonné », avance un témoin, bien qu’aucune preuve officielle n’ait été établie.
À partir de là, les tensions successorales se cristallisent. Son oncle maternel, Moussa Camara, gendarme de profession, aurait immédiatement fermé les boutiques appartenant au défunt. Lorsque le jeune homme réclame ses droits, le 13 octobre 2023, il est violemment agressé : insultes, coups et blessures graves aux jambes, infligées à l’aide d’une matraque.
« Ses pieds ont enflé, ils se sont infectés. Il a dû partir se soigner pendant quatre mois à Coyah », raconte un proche.
De retour à Conakry en mars 2024, Alya découvre que sa belle-mère s’est remariée… avec son oncle. Une situation explosive.
Cherchant une solution pacifique, il saisit l’imam du quartier le 17 mai 2024. Lors d’une médiation familiale, il est publiquement qualifié d’« enfant illégitime », une accusation lourde de conséquences, visant à l’exclure de l’héritage paternel.
Trois jours plus tard, une altercation éclate entre sa belle-mère et son épouse. En tentant de s’interposer, il affirme être agressé : coup d’assiette au visage, sourcil ouvert, puis tentative de coup de couteau. En se défendant, il blesse la belle-mère, qui s’effondre, inconsciente.
Pris de panique, il s’enfuit avant l’arrivée de son oncle, alerté par le voisinage. Ce dernier l’aurait immédiatement appelé pour le menacer de mort : « Je te retrouverai où que tu sois », lui aurait-il lancé.

Craignant pour sa vie, Alya se cache chez un ami. Selon les témoignages recueillis, il quitte Conakry le 10 juillet 2024 à bord d’un véhicule aux vitres teintées jusqu’à l’aéroport, avant de quitter le pays.
Aujourd’hui en exil, Alya Camara refuse tout retour en Guinée. Le statut de son oncle au sein de la gendarmerie, le poids de « l’uniforme » et l’absence de mécanismes de protection institutionnelle renforcent sa crainte d’être victime de nouvelles violences : séquestration, agressions ou assassinat.
Cherif Djiba Sano











