Maléah : Mohamed Lamine Bangoura, en première ligne pour sauver les domaines de l’État

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Depuis son installation à la tête du district de Maléah, dans la sous-préfecture de Moribaya (préfecture de Forécariah), Mohamed Lamine Bangoura s’impose comme un acteur déterminé dans la lutte pour la récupération des domaines de l’État. Face à la spéculation foncière, aux occupations anarchiques et aux ventes illégales, il multiplie réunions, enquêtes et démarches auprès des autorités locales pour restaurer l’autorité de l’État. Dans cet entretien, il revient sur ses actions, les défis rencontrés et lance un appel solennel au gouvernement pour l’accompagner dans cette mission sensible.

Vous êtes la première autorité locale à Maléah. Depuis votre prise de fonction, quelles démarches avez-vous entreprises pour la récupération des domaines de l’État ?

Depuis mon installation le 9 décembre 2024, ma priorité a été de sensibiliser la communauté. J’ai convoqué une grande réunion et j’ai clairement expliqué à la population que tout équipement public et tout domaine de l’État sont intouchables. Ceux qui avaient occupé illégalement devaient quitter.

J’ai commencé par Maléah centre. Là, un cimetière d’un hectare et demi avait été vendu et des constructions érigées. Depuis janvier, j’ai tout stoppé : plus aucun travail n’y est autorisé. De même, un autre équipement public composé d’environ dix parcelles vendues et bâties a été bloqué. Personne ne poursuit les travaux.

Parlons du cas de Walifiya, qui semble être le dossier le plus sensible…

Effectivement. Walifiya est un grand domaine situé entre deux secteurs (Centre 1 et Siméboungni). À l’origine, il y avait une route, mais aujourd’hui tout est clôturé par un Chinois.

Après enquête, j’ai découvert que ce terrain relève du patrimoine de l’État. J’ai vérifié auprès de la DATUE : quatre personnes y détiennent des titres, dont deux Chinois (29 ha et 38 ha), un Guinéen (1,5 ha) et un autre Guinéen (1,5 ha), soit un total de 72 hectares.

La question est simple : comment un domaine de l’État peut-il être transformé en titre foncier privé ?

Comment réagit la communauté face à cette situation ?

J’ai rencontré les coutumiers et le gardien du domaine. Cela fait plus de dix ans qu’ils mènent une lutte contre les Chinois. La famille Soumah, riveraine, a beaucoup souffert de ces occupations.

 

 

 

D’après les témoignages, ce domaine appartenait autrefois à un Européen nommé Walifiya. À son départ, un vieil agronome, M. Yansané, est venu demander officiellement le terrain aux coutumiers pour le mettre à la disposition de l’État. Il a vécu en harmonie avec la communauté, sans jamais vendre une parcelle. Mais à sa mort, ses enfants ont vendu non seulement le domaine de l’État, mais aussi une partie des terres coutumières. C’est ainsi que les Chinois ont acquis des titres fonciers frauduleux.

Existe-t-il un dossier officiel entre la famille Yansané et l’État ?

Oui, j’ai en main un arrêté ministériel confirmant l’accord entre l’État et la famille Yansané. Ce n’est ni une vente ni une cession privée. Mais la famille n’a jamais eu de titre foncier ni de plan de masse. Ce sont les Chinois, après avoir payé directement à la famille Yansané, qui ont fabriqué ces documents.

Que demandez-vous aujourd’hui aux autorités ?

Je demande à mes supérieurs hiérarchiques, notamment au niveau préfectoral et national, de m’appuyer dans la récupération de ce domaine. C’est une terre immense et cultivable, qui peut servir l’intérêt collectif. Seul, je ne peux pas gagner ce combat. Mais avec le soutien du gouvernement, je suis convaincu que Walifiya et les autres domaines reviendront à l’État.

Un témoignage local appuie vos propos ?

Oui. Ibrahima Soumah, chef de secteur au Km 66, secteur 2, apporte son vécu : « Moi, je suis arrivé de Kindia en 1989 grâce à mon grand frère. En 2000, j’ai été recruté comme manœuvre à Walifiya. J’ai vu comment ce domaine appartenait à l’État et servait la communauté. C’est une injustice qu’il soit aujourd’hui accaparé. »

Mohamed Lamine Dramé

 

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