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mardi, janvier 27, 2026
SOCIÉTÉ

Mines : Africa Intelligence ou l’art consommé de diffuser des contrevérités

Il faut reconnaître à Africa Intelligence un talent rare : celui de produire, avec une constance hallucinante, des articles où l’approximation flirte avec l’insinuation, et où l’erreur factuelle est élevée au rang de méthode.

Sa dernière livraison consacrée à Ahmed Kanté, ancien ministre des Mines et actuel administrateur général d’AGB2A-GIC, ne déroge pas à cette tradition maison. On n’y trouve ni enquête sérieuse ni information vérifiée, mais un assemblage laborieux d’éléments recyclés, sortis de leur contexte et opportunément réchauffés pour servir un récit déjà écrit à l’avance.

L’objectif, lui, ne fait guère de doute : tenter, une fois de plus, de jeter l’opprobre sur un acteur minier guinéen dont le crime suprême semble être d’avoir survécu, et même prospéré, là où d’autres ont accumulé échecs et dettes. Le patriotisme économique, manifestement, reste un péché impardonnable pour certains observateurs confortablement installés loin du terrain.

La présomption d’innocence, détail superflu

Dans cet exercice de style approximatif, la présomption d’innocence d’Ahmed Kanté est joyeusement piétinée. Africa Intelligence oublie opportunément de rappeler qu’une première ordonnance a bel et bien établi son innocence, avant que la procédure ne prenne des allures pour le moins lunaires, justifiant un pourvoi en cassation. Mais rappeler ce détail nuirait sans doute à la dramaturgie soigneusement entretenue.

Il est d’ailleurs savoureux de voir un organe de presse plusieurs fois condamné pour diffamation donner des leçons implicites de morale judiciaire, tout en ignorant superbement le droit de réponse – le précédent, adressé à Africa Intelligence, n’ayant jamais été publié. Travestir la chronologie des décisions, évacuer les éléments qui dérangent et traiter un dossier judiciaire complexe à coups de raccourcis : voilà une désinvolture qui confine au mépris assumé des règles les plus élémentaires du journalisme.

Sur le plan judiciaire toujours, l’article se garde bien de mentionner qu’une ordonnance de la CRIEF établit que Mme Dramé, épouse Lorcy, a introduit dans la procédure un document falsifié, supercherie révélée par la simple comparaison des signatures de feu Claude Lorcy. Un détail, sans doute, aux yeux d’Africa Intelligence, mais un détail qui éclaire pourtant d’un jour cru la solidité de certaines accusations complaisamment relayées.

Quand les chiffres deviennent de la fiction

La même légèreté règne dès qu’il est question d’économie. La gestion de Claude Lorcy a laissé l’Alliance Guinéenne de la Bauxite, de l’Alumine et de l’Aluminium exsangue, avec une dette proche de 30 millions de dollars américains. Une dette intégralement laissée à la charge de Guinea International Corporation par l’autre partenaire, SD Mining. Fait remarquable – et soigneusement passé sous silence – moins de deux ans ont suffi à la nouvelle administration dirigée par Ahmed Kanté pour apurer totalement cette ardoise. Un miracle de gestion, manifestement jugé trop gênant pour être mentionné.

Mieux encore, SD Mining, qui n’a jamais réellement cessé ses activités pendant que l’AGB2A-GIC traversait une période difficile, a été le premier bénéficiaire de l’accord transactionnel ayant permis à l’entreprise 100 % guinéenne de reprendre ses opérations. Une réalité centrale pour comprendre l’équilibre de l’accord, mais absente de l’article, sans doute parce qu’elle s’accorde mal avec le récit victimaire patiemment construit.

Le sommet de l’absurde est atteint lorsque Africa Intelligence affirme qu’AGB2A-GIC aurait produit en 2024 près de 19,7 millions de tonnes de bauxite, contre seulement 2,5 à 5 millions pour SD Mining. À ce stade, il ne s’agit plus d’erreur mais de pure invention. Dans les faits, AGB2A-GIC n’a pas dépassé 9 millions de tonnes, tandis que SD Mining a effectivement produit environ 19,7 millions de tonnes sur la période considérée. Pourquoi inverser ainsi la réalité ? Séance de prestidigitation, ou simple démonstration d’un “journalisme” qui tord les chiffres jusqu’à leur faire avouer ce qu’ils n’ont jamais dit.Quant à l’accord transactionnel portant sur le permis précédemment retiré à Axis Minerals, il respecte pleinement la loi guinéenne. Le titre minier est revenu dans le portefeuille de l’État, lequel dispose sans contestation possible du droit d’amodiation ou de cession. À condition, bien sûr, de faire preuve d’un minimum de bonne foi. Mais là encore, l’insinuation est préférée à l’analyse juridique rigoureuse.

Boffa, Fria et les réalités qu’on préfère oublier

Les attaques personnelles et les informations biaisées visant à noircir le portrait d’Ahmed Kanté relèvent moins de l’information que du ressentiment mal dissimulé. Elles traduisent la fébrilité de ceux qui peinent à accepter que la dynamique industrielle ait changé de camp, et que la réussite d’AGB2A-GIC sous sa direction rende particulièrement visibles des échecs passés.

Après cette gymnastique intellectuelle consistant à empiler contre-vérités et omissions – comme l’affirmation erronée selon laquelle l’AGB2A originelle n’aurait jamais fonctionné, alors qu’elle a bel et bien opéré avant que des difficultés internes ne conduisent à l’accord de mars 2022 – une question demeure : à quoi rime réellement ce récit ? Informer le public, certainement pas. Défendre des intérêts inavoués sous couvert d’un journalisme de pantouflards, probablement davantage.

L’angle mort le plus révélateur reste toutefois l’absence quasi totale de toute mention des investissements réalisés par AGB2A-GIC. En un temps record, près de 313 millions de dollars américains ont été injectés dans les localités de Boffa et Fria, avec à la clé des infrastructures tangibles et durables, dont le port le plus moderne de la zone, véritable levier logistique et économique pour ces territoires.

À cela s’ajoutent des actions communautaires concrètes : routes construites ou réhabilitées, forages d’eau potable, écoles rénovées, appuis alimentaires directs aux familles vulnérables et accompagnement social continu des communautés riveraines. Autant de réalités vérifiables, mais manifestement peu compatibles avec le roman à charge proposé.

Enfin, l’accord transactionnel de décembre 2025 n’est pas une manœuvre obscure, contrairement aux insinuations distillées, mais un acte majeur de sauvegarde économique et sociale. Il a permis de préserver environ 3 000 emplois guinéens, soit autant de familles, se soignant, scolarisant leurs enfants et faisant vivre l’économie locale. Réduire cette réalité à une suite d’allusions bancales relève non seulement de la mauvaise foi, mais aussi d’un mépris assumé pour les enjeux humains bien réels.

La question n’est donc plus de savoir si Africa Intelligence informe, mais bien de comprendre quels intérêts sert ce récit tronqué, construit contre les faits, contre le droit et, surtout, contre des millions de Guinéens et… ses abonnés.

Oumar Camara

 

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