Un an après son arrivée à la tête de l’Agence Nationale de l’Assainissement et de la Salubrité Publique (ANASP), Mamoudou DIANÉ revendique une première année consacrée à la réorganisation de l’institution, au renforcement des moyens opérationnels et à la préparation de nouveaux projets. Mais face à l’ampleur du défi des déchets en Guinée, l’enjeu est désormais de transformer ces réformes en résultats visibles pour les populations.
À Conakry, les déchets sont devenus une réalité quotidienne. Dans les rues, les marchés et les quartiers, leur accumulation rappelle chaque jour l’ampleur du défi auquel sont confrontées les autorités. En 2025, la capitale aurait produit plus de 601 000 tonnes de déchets, pour environ 364 700 tonnes collectées, soit un taux de collecte de 61 %.
C’est dans ce contexte que Mamoudou DIANE a pris les commandes de l’ANASP en août 2025, sous l’impulsion du président de la République, Mamadi Doumbouya, et du ministre de l’Assainissement et de l’Hydraulique, Aboubacar Camara.
Installé officiellement quelques jours plus tard, le nouveau directeur général s’est vu confier une mission qui dépasse le simple ramassage des ordures : rendre le système d’assainissement plus efficace, mieux organisé et progressivement capable de répondre aux besoins de l’ensemble du pays.
Réorganiser avant de déployer
Durant cette première année, l’ANASP a d’abord travaillé à renforcer ses bases institutionnelles.
L’Agence a notamment engagé la révision de son manuel de procédures. L’objectif est de mieux organiser le fonctionnement interne, de préciser les responsabilités et d’améliorer la transparence dans la conduite des activités.
Sur le plan réglementaire, un projet de décret portant règlement d’hygiène et de salubrité publique a également été élaboré avec la participation de plusieurs services de l’État. Un chantier important dans un secteur qui touche directement à la santé publique, à l’environnement et aux conditions de vie des citoyens.
L’autre ambition affichée est de sortir progressivement d’une approche concentrée sur Conakry. Des agents ont ainsi été déployés dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, ainsi que dans les préfectures de Coyah et de Dubréka. Leur mission : observer les pratiques locales, identifier les difficultés et mieux cerner les besoins des collectivités.
Cette démarche s’est poursuivie en 2026 avec les missions préparatoires aux États généraux régionaux de l’assainissement.
Des outils pour mieux suivre la réalité du terrain
Pour améliorer le travail des équipes, l’ANASP a également renforcé ses moyens opérationnels.
Treize motos ont notamment été mises à la disposition des Responsables d’Appui-Conseil (RAC) des communes de Conakry. Des tablettes professionnelles leur ont également été attribuées afin de faciliter la collecte et la transmission des informations. L’acquisition de camions vidangeurs et de lève-conteneurs destinés aux huit régions administratives. Egalement l’acquisition des kits d’assainissement, des bacs à ordures.
Derrière ces équipements, l’objectif est de disposer d’une meilleure connaissance de la situation sur le terrain. Où se trouvent les principaux points noirs ? Quels sont les besoins d’une commune à l’autre ? Quels moyens faut-il mobiliser en priorité ?
Pour répondre à ces questions, l’Agence a adopté l’outil DHIS2 pour renforcer le suivi et l’évaluation de la gestion des déchets solides.
La modernisation concerne également les équipements lourds. L’installation de balises GPS sur les véhicules doit, pour sa part, permettre de mieux suivre les déplacements et l’utilisation des engins.
L’ANASP a aussi dû intervenir dans certaines situations d’urgence. À Kindia, en novembre 2025, des engins lourds ont notamment été mobilisés pour contribuer au désengorgement de la décharge communale.
Aller au-delà du simple ramassage des déchets
Pour Mamoudou DIANÉ et son équipe, l’avenir du secteur ne peut toutefois pas se limiter à collecter et transporter les ordures. L’ambition est désormais de construire progressivement une véritable chaîne de gestion et de valorisation des déchets.
Plusieurs projets ont ainsi avancé avec l’appui de partenaires techniques et financiers, parmi lesquels l’Union européenne, l’Agence française de développement (AFD), la Banque islamique de développement (BID) et Enabel.
Parmi les réalisations enregistrées figurent la réception provisoire de la Station de traitement des boues de vidange (STBV) de Sonfonia et du garage de Coronthie. La réhabilitation de la STBV de Yimbaya a également été lancée.
Autre projet majeur : le futur Centre d’enfouissement technique (CET) de Baritodé. Le premier comité de pilotage consacré aux études techniques du projet s’est tenu en janvier 2026. À terme, cette infrastructure doit contribuer au remplacement progressif de la décharge de Dar-es-Salam.
Dans cette nouvelle approche, le secteur privé devrait également jouer un rôle. Des échanges ont été engagés avec des entreprises intéressées par la valorisation énergétique ainsi que par le recyclage des plastiques, des pneus et des huiles usagées.
En janvier 2026, un atelier consacré au renforcement des filières de tri et de valorisation a d’ailleurs permis de remettre cette question au centre des discussions. L’ANASP y a réaffirmé sa volonté de promouvoir le tri à la source et de favoriser l’émergence d’une économie circulaire adaptée aux réalités guinéennes.
Mieux répartir les responsabilités dans le Grand Conakry
Dans le Grand Conakry, la gestion des déchets repose sur l’intervention de plusieurs acteurs. Une situation qui peut parfois entraîner des chevauchements de responsabilités ou compliquer la coordination.
Pour y remédier, des Protocoles d’Accord Opérationnels ont été conclus entre l’ANASP, la Direction générale de l’assainissement, le Gouvernorat et les communes.
Ces accords s’articulent autour de onze axes et cherchent notamment à préciser le rôle de chaque acteur dans la chaîne de l’assainissement.
Car disposer de camions, de décharges ou de stations de traitement ne suffit pas. Encore faut-il que les différentes structures impliquées travaillent dans la même direction.
Le défi des comportements
Il existe toutefois un autre aspect du problème, beaucoup plus difficile à régler avec des équipements : les habitudes.
Une ville ne peut pas être durablement propre si les déchets continuent d’être jetés dans les rues, les caniveaux ou les espaces publics. La gestion des ordures dépend donc aussi de la manière dont les citoyens les produisent, les stockent et s’en débarrassent.
La sensibilisation occupe ainsi une place importante dans la stratégie de l’ANASP.
Un partenariat avec la Radio Télévision Guinéenne (RTG) doit notamment permettre de diffuser des programmes consacrés à l’hygiène, à la salubrité et à la protection de l’environnement.
Les États généraux régionaux de l’assainissement s’inscrivent dans la même logique. Ils doivent permettre de réunir autorités locales, collectivités, jeunes, acteurs communautaires et autres parties prenantes afin de discuter de solutions adaptées aux réalités de chaque région.
Une première année de consolidation, une deuxième année décisive
Au terme de cette première année, le bilan de Mamoudou DIANÉ est donc avant tout celui d’une phase de consolidation et de préparation.
Réorganisation interne, réglementation, renforcement des moyens, collecte des données, développement des infrastructures, valorisation des déchets et mobilisation des partenaires : plusieurs chantiers ont été engagés.
La première session du Conseil d’administration de l’Agence pour 2026, tenue en janvier en présence notamment de représentants de l’AFD, d’Enabel, de l’Union européenne et de la BID, illustre également l’importance accordée à la coopération avec les partenaires techniques et financiers.
Mais sur le terrain, les difficultés restent nombreuses. La croissance rapide de Conakry, le manque d’infrastructures, les habitudes de consommation et les difficultés de gestion dans plusieurs villes de l’intérieur continuent de peser sur le secteur.
La deuxième année de Mamoudou DIANÉ à la tête de l’ANASP sera donc particulièrement observée. L’enjeu sera moins de multiplier les annonces que de faire vivre les réformes engagées et de transformer les projets en réalisations concrètes.
Au bout du compte, c’est dans les rues et les quartiers que le bilan sera véritablement jugé : une collecte plus régulière, des déchets mieux traités, des villes plus propres et un environnement plus sain.
C’est à cette condition que la transformation annoncée du secteur de l’assainissement pourra réellement se traduire dans le quotidien des Guinéens.
Aboubacar Camara









