La Chine a progressivement compris qu’envoyer ses étudiants dans les meilleures universités du monde ne suffisait pas. Pour tirer profit de cet investissement, elle devait aussi créer les conditions permettant à ses diplômés de contribuer au développement national, que ce soit par leur retour au pays ou par leur coopération depuis l’étranger.
Cette expérience interpelle directement nos pays africains, notamment la Guinée, le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Nigeria, confrontés au défi de la fuite des cerveaux.
Faut-il obliger les boursiers à jurer de revenir servir leur pays, ou faut-il plutôt créer les conditions qui leur donnent envie de le servir ?
À mon sens, la priorité doit être claire : plutôt que de miser sur des engagements de retour contraignants, construisons une véritable culture du service à la nation, fondée sur les opportunités, la responsabilité et la coopération.
Un étudiant formé à l’étranger doit pouvoir contribuer au développement de son pays en présentiel ou à distance. Celui qui revient peut enseigner, entreprendre, mener des recherches ou participer à la transformation de l’administration. Celui qui reste à l’étranger peut encadrer des étudiants, partager son expertise, établir des partenariats universitaires, accompagner des projets innovants ou contribuer au transfert de technologies.
Servir sa nation ne signifie pas nécessairement y résider ; cela signifie mettre ses compétences au service de son développement.
Pour concrétiser cette vision, nos États doivent mettre en place des programmes de mobilisation des compétences de la diaspora, des partenariats entre universités, des mécanismes de financement de l’innovation et des dispositifs facilitant l’insertion professionnelle des diplômés de retour. Ils doivent également valoriser les contributions scientifiques et professionnelles réalisées à distance.
La Guinée, en particulier, gagnerait à faire de chaque bourse d’études un partenariat durable entre le bénéficiaire et la nation : non pas une obligation de retour à tout prix, mais une opportunité de contribuer à l’éducation, à la recherche, à l’innovation et à l’emploi des jeunes.
La véritable réussite d’une politique de bourses ne se mesure donc pas uniquement au nombre d’étudiants qui reviennent. Elle se mesure aussi aux connaissances transmises, aux projets réalisés, aux emplois créés et aux collaborations établies au bénéfice du pays.
Notre ambition doit être de former des talents pour le monde et de créer les conditions pour que le monde entier puisse contribuer au développement de nos nations.
L’Afrique n’a pas besoin de choisir entre le retour de ses cerveaux et leur présence à l’étranger. Elle doit apprendre à mobiliser les deux.
Source d’inspiration : transcription d’une vidéo publiée sur la page Facebook Afrorééducation.
Par Mamadou Bhoye BALDÉ, Jeune Diplomate Scientifique, Enseignant-chercheur guinéen
Diplomatie scientifique, éducation et coopération internationale










