Guinée: plaidoyer pour la culture

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    A l’instar du sport, au gré des remaniements ministériels, la Culture a été ballottée entre différents départements. Il aura fallu attendre la constitution du gouvernement post élection présidentielle du 18 octobre 2020, pour voir enfin le secteur de la Culture détaché du ministère des Sports et du Patrimoine Historique. Ce changement structurel devrait à moyen terme combler les attentes avec un ministre, qui semble décidé à relever le challenge qui lui est présent.

    En dépit des professions de foi, il est loisible de constater aujourd’hui, que la Culture ne fait plus partie des priorités de nos gouvernants. Des signes tangibles de ce constat sont bien perceptibles : faiblesse notoire du budget alloué à l’ex ministère de la Culture et du Patrimoine Historique. Une situation qui constitue une sérieuse entrave à la mise en œuvre des activités de ce ministère. Face à ce désintérêt évident vis-à-vis du domaine de la Culture, il revient à tous ceux qui s’intéressent aux questions culturelles d’attirer l’attention de nos décideurs, et de les sensibiliser sur la question. Notre pays, qui dans les années soixante-dix représentait le porte flambeau de la Culture dans la sous-région, et dans une certaine mesure à l’échelle du continent, enregistre aujourd’hui un inquiétant recul.

    Pour ce qui me concerne, je propose ci-après des pistes de réflexion, qui je le souhaite vivement vont susciter un fécond débat susceptible d’amorcer une redynamisation de notre politique culturelle.

    -A mon humble avis, la première mesure à prendre par le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, c’est la constitution d’une commission had hoc, qui va plancher sur la mise en œuvre de la politique nationale culturelle lancée en 2018. C’est un document de référence dans le domaine

    -Un assainissement du monde du show biz est à opérer. Est-ce que toutes les agences de spectacle de la place sont en règle vis-à-vis des textes en vigueur ? Disposent-elles de sièges fonctionnels ? Est- ce qu’elles s’acquittent de toutes les redevances et taxes prévues ? Pour répondre à ces questions et bien d’autres, un inventaire et un contrôle systématique s’imposent.

    -Conakry est l’une des rares capitales d’Afrique à ne pas avoir une bibliothèque digne de nom. Conakry et les capitales régionales méritent des bibliothèques bien équipées. Le projet de centres de lecture réalisé avec la coopération française devrait être renforcé et poursuivi pour couvrir les préfectures et les sous-préfectures.

    -Par le biais de la coopération bilatérale (la Chine, la Corée ou le Japon), notre pays devrait enfin se doter d’un palais de la culture de haut standing.

    -Le centre de la Paillote pourrait être aménagé pour en faire une cité des arts avec salle de concert, studio d’enregistrement, salle de conférence, restaurant etc. Si la zone ne s’y prête pas, créer en haute banlieue une cité des arts avec toutes les commodités qui s’y attachent. A ce propos, pourquoi ne pas actualiser le projet de l’artiste Kossa, qui avait conçu une cité à implanter aux environs de Sonfonia.

    -Le musée de Sandervalia maintenant rénové grâce à la coopération avec le Japon, pourrait être rentabilisé en initiant des activités génératrices de revenus (organisation de visites payantes du public et des élèves, conférences débats, vernissage d’exposition, etc.)

    -Quel est le statut de l’institut des Beaux-arts de Dubréka ? Ce centre d’enseignement supérieur relève de deux départements ministériels : l’enseignement supérieur et celui de la culture. Un judicieux arbitrage devra être fait pour rendre ce centre bien plus performant. Nos anciens musiciens pourront y trouver un point de chute. De plus en plus, nos jeunes artistes se détournent des instruments de musique. Une démarche est à mener pour susciter des vocations d’instrumentistes à partir du secondaire.

    -Au titre des initiatives, le théâtre national est à doter d’une salle permanente où les artistes pourront se produire.

    -En relation avec le ministère du tourisme et d’autres départements ministériels impliqués dans la mise en œuvre de la politique nationale culturelle en vigueur, une synergie d’actions est à envisager pour assurer une pleine réussite de tous les programmes initiés par le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat.

    -J’ai volontairement passé sous silence la situation critique du cinéma guinéen, puisque une étude avait été commanditée avec certaines personnes ressources. Il s’agit tout simplement de mettre en œuvre les recommandations formulées.

    -Au plan règlementaire, revoir tous les textes édictés dans le domaine de la Culture. Cette évaluation permettra de combler le vide existant au plan institutionnel.

    -Il serait judicieux de s’approprier la notion d’industries culturelles. Dans cette optique, quelle est la part de contribution ou d’accompagnement qui revient à l’Etat, et celle des opérateurs culturels. Pour ces derniers, le ministère devrait être en mesure d’assainir le milieu en fixant des critères précis à remplir par ceux qui veulent investir avec le statut d’opérateurs culturels.

    -Envisager un mécanisme de constitution du fonds d’aide à la promotion culturelle.

    -Des manifestations comme le FESCORA, et le rendez-vous de la percussion pourraient être relancées dans les années à venir. L’objectif recherché à moyen terme, étant de redonner à notre pays son statut de foyer incandescent de la culture dans la sous-région. Ces idées non exhaustives méritent d’être approfondies et enrichies en vue d’impulser le renouveau culturel du pays.

    Thierno Saïdou Diakité

     

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