Les enseignements du scrutin présidentiel : Un processus biaisé dès le début Acte II

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Dans le premier acte, nous avons abordé plusieurs points. Mais il est toujours important de rappeler que Dans les régimes démocratiques, les scrutins sont périodiquement organisés afin de choisir les représentants. Cet exercice est fondamental pour toute démocratie, en ce sens qu’il permet de garantir le renouvellement de la classe dirigeante et de donner à l’élu la légitimité pour mieux exercer son mandat.

Dans ce deuxième acte, notre analyse s’article sur plusieurs points

De la mauvaise distribution des cartes d’électeurs dans les fiefs de l’opposition

La carte d’électeur est le fameux sésame permettant à un citoyen de voter lors d’une élection. Il est donc un document qui atteste l’inscription d’une personne sur une liste électorale. Il s’agit là d’un élément important du processus de vote.

Pendant ces élections, l’on a constaté la mauvaise distribution des cartes d’électeurs dans certains fiefs de l’opposition comme à Coyah. Selon les informations recueillies,  les électeurs de plusieurs quartiers de cette ville ont été privés de leurs cartes d’électeurs. Il y a eu de la part des autorités, des retentions des cartes d’électeurs des citoyens. Ce qui dans bien cas a occasionné un taux d’abstention très élevé dans ces quartiers. Or, le rôle de l’administration et de la CENI est de mettre en place des conditions permettant aux citoyens d’accomplir leur devoir civique. Pourtant, ces anomalies ont empêché plusieurs électeurs de voter, et cela constitue une grave violation des lors électorales

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Pendant le Scrutin

Les guinéens ont massivement voté. Ce qui démontre en quelque sorte la maturité politique des citoyens en matière de vote.  A travers cette forte mobilisation, les électeurs ont montré que choisir un président, est une affaire de tous. C’est une façon pour eux prendre part à la prise de grandes décisions dans la conduite des affaires de la Nation. Mais Si tous les observateurs nationaux, internationaux et partis politiques en compétition sont unanimement sur la forte mobilisation des électeurs, force est de constater que l’on a enregistré certaines anomalies le jour du vote. Dans les villes comme Coyah, Fria, plusieurs électeurs n’ont pas retrouvé leurs noms sur le fichier et n’ont pas pu accomplir leur devoir de vote.

A cela, il faut ajouter,  la démultiplication du vote  par dérogation et par procuration dans les fiefs de la mouvance. Ces faits laissent planer un doute sur la sincérité des résultats dans ces fiefs, en ce sens qu’ils sont les seuls endroits où ces anomalies ont été constatées ou ont proliféré.

Le non-respect des mesures barrières en période de pandémie

Le scrutin a été organisé dans un contexte inédit de l’état d’urgence sanitaire du à la pandémie du COVID-19. Si dans certains bureaux de vote, l’on a observé certaines mesures comme la disposition des kits sanitaires pour le lavage des mains, la quasi-totalité des bureaux de vote n’était pas équipée convenablement en tenant compte des critères sanitaires de lutte contre la maladie.

Par ailleurs, lors du vote, la distanciation sociale n’était pas de mise. Tous les bureaux de la capitale comme de l’intérieur sillonnés par nos équipes, n’ont pas tenu compte de cette mesure pourtant nécessaire pour freiner ou limiter la propagation de la pandémie.

L’excellent travail de couverture de la presse guinéenne

Comme lors de chaque grand évènement, la presse guinéenne était au rendez-vous et a été à la hauteur de l’évènement le jour du scrutin. Dans ce travail formidable, la couronne d’or revient à la presse en ligne qui a effectué un travail énorme en dépit des difficultés du terrain.

Les médias en ligne ont été dans tous les recoins de la Guinée pour faire vivre cet évènement en direct au peuple. Des directs, des interviews, des images, des papiers, des décryptages, bref la presse a fait à la fois un travail de qualité mais aussi et surtout  une couverture responsable et professionnelle.

En faisant le tour des médias le jour du vote, l’on peut affirmer sans aucune ambivalence que près ou voire plus de 1000 papiers ont été produits par cette presse en ligne pour couvrir l’évènement. Sans compter les directs et autres images illustratives de cet évènement. C’est pourquoi ce travail mériterait d’être encouragé et vulgarisé.

Après les élections :

Après les élections, selon les deux camps, l’on a connu des substitutions de PV. Le parti de Cellou Dalein Diallo qui s’est autoproclamé vainqueur à seulement 24Heures après le scrutin, a estimé que la CENI a organisé une fraude massive au niveau de la compilation des PV. De l’autre côté, la mouvance a estimé que les résultats prématurés proclamés par l’UFDG sont n’étaient pas conformes à la vérité des urnes.

Le comble du braquage électoral s’est produit à Faranah ou sur 156.097 inscrits, 156.315 ont votés, soit 228 « dérogations », avec un taux de participation de 100.14%, du jamais vu dans l’histoire démocratique du pays.

Pire, le dernier rapport de certains commissaires de la CENI recommande l’annulation totale ou partiale du scrutin. Ces faits sont révélateurs d’un système organisationnel biaisé depuis trop longtemps.

Bref, quel que soit l’issue de ce scrutin, le président élu n’aura pas la légitimité nécessaire pour assoir son autorité. Car, celle-ci grave à l’acceptation de la décision des résultats par les électeurs. Or, les « plaies liées aux irrégularités sont très profondes », ce qui qui pourrait pousser certains au rejet de l’autorité issue de ce scrutin.

L’après scrutin a été surtout marqué par des violences post-électorales qui ont provoqué plusieurs dizaines de morts. Pour l’instant, l’opposition et la mouvance ne sont pas d’accord sur les chiffres concernant le nombre de morts. Toutefois, l’on peut affirmer sans le moindre doute, que plus de 30 personnes ont trouvé la mort dans ces violences à Conakry et à l’intérieur du pays. Dans bien des cas, ces manifestants ont été tués par balle, et certains dans des affrontements entre militants comme ce fut le cas à Ditinn à Dalaba. A cela, il serait aussi important d’ajouter des cas de mort dans les rangs des forces de l’ordre qui ont enregistré au moins 3 décès en banlieue de Conakry.

En somme,

Si la forte participation est un élément déterminant pour mesurer le baromètre de santé d’un scrutin, force est de reconnaître que cette élection a connu plusieurs irrégularités qui peuvent remettre en cause la sincérité du scrutin. Du fichier électoral taillé sur mesure en passant par la mauvaise distribution des cartes d’électeurs ou encore la répartition des bureaux de vote, plusieurs anomalies ont été constatées avant, pendant et après le scrutin.

Comme le disait Tierno Monenembo, ces fichiers électoraux sont devenus «  des nouveaux maléfices qui hantent le continent ». Tous les princes corrompus se servent de cet élément pour monter la cabale électorale et braquer les urnes. La Guinée n’a pas échappé à cette règle pendant cette élection. Comme le dit Bah Oury « tout a été programmé depuis très longtemps ». Ce fichier taillé sur mesure et au regard de toutes les anomalies, l’on peut affirmer sans aucune ambiguïté que cette élection n’a pas obéit aux règles d’une élection crédible et transparente. C’est pourquoi nous sommes dans cet imbroglio électoral sans précédent qui nous a conduit dans ce scénario  abracadabrantesque.

Le lendemain des élections a été aussi marqué par des violences post-électorales qui ont conduit à des cas de pertes en vies humaines. Ces « assassinats » sont déplorables et condamnables. Force doit rester à la loi et les coupables doivent être punis à la hauteur de leur forfaiture.

Vive la paix, vive l’Unité nationale, et paix à l’âme de toutes les victimes

Sonny Camara politologue

 

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