La campagne présidentielle du 28 décembre 2025 restera, quoi qu’il advienne du scrutin, comme un moment singulier de notre histoire politique. Loin des scènes désormais tristement familières; jets de cailloux, injures publiques, gaz lacrymogènes, bastonnades policières et querelles intercommunautaires; le pays a assisté à un spectacle inattendu.
Une campagne rythmée par les démonstrations de danse, les concours de pas de danse, l’humour, la comédie, les jeunes crieurs publics, et la mise en scène joyeuse de la politique. Là où l’on s’attendait à des discours enflammés et à des affrontements de rue, ce sont des pas de danse qui ont occupé l’espace public.
Ministres de la République, Directeurs de l’administration publique et du secteur privé, militants, blogueurs et influenceurs ont transformé les meetings en scènes festives. Les réseaux sociaux, souvent accusés d’attiser la haine, se sont remplis de vidéos de chorégraphies, de blagues et de comédies politiques, parfois maladroites, souvent sincères, mais toujours virales.
Plus étonnant encore, la campagne a quitté les routes poussiéreuses pour prendre le large. Des rassemblements sur la mer aux couleurs du GMD, des slogans scandés au rythme des vagues, jamais une présidentielle ne s’était autant aventurée hors des cadres classiques. À Conakry comme à l’intérieur du pays, la politique s’est invitée sur les places publiques, les plages, les quartiers, dans une atmosphère presque carnavalesque.
Cette légèreté apparente n’est pas synonyme de vacuité. Elle dit quelque chose de profond : une fatigue collective face à la violence politique, et un désir de respirer autrement la démocratie. Même les huit autres candidats d’opposition, dans ce climat inédit, semblent avoir ajusté le ton. Les critiques existent toujours, les divergences demeurent, mais elles s’expriment avec retenue, parfois même avec une politesse que l’on croyait disparue du débat public.
Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Les sceptiques y verront une politique réduite au divertissement, une démocratie transformée en spectacle. Les optimistes, eux, y liront une tentative, certes imparfaite de réconcilier le citoyen avec la chose publique, de désamorcer la violence par le rire et le mouvement.
Une chose est sûre : cette campagne n’a ressemblé à aucune autre. Elle a montré qu’il est possible de faire de la politique sans briser des vitrines ni des vies, sans dresser les communautés les unes contre les autres. Reste maintenant l’essentiel : que, derrière les danses et les sourires, le vote du 28 décembre traduise une maturité démocratique à la hauteur de cette campagne hors norme.
Car la danse peut ouvrir le chemin, mais c’est dans les urnes que se joue l’avenir.
Cette tribune mon avis, celui d’un entrepreneur et business angel qui a observé les acteurs et la scène de loin.
PAUL KAMANO
Entrepreneur & business angel le plus actif de la Guinée.
Coordinateur du très médiatique think tank COPE GUINEE
Pdg du Groupe COPE S.A (basé en Guinée, Côte d’Ivoire, Sénégal et Paris).










