Le spectacle offert par Tibou Kamara et Makanera Kaké n’est ni un débat, ni une controverse politique digne de ce nom. C’est une foire. Un cirque d’invectives, de règlements de comptes et de basses manœuvres qui amuse la galerie, excite les réseaux sociaux et abrutit l’opinion. Mais au fond, ce ping-pong verbal n’a rien d’anecdotique, il expose crûment la faillite morale, intellectuelle et politique d’une franche non-négligeable de dirigeants qui ont sévi au sommet de l’État guinéen sous Dadis Camara, Sékouba Konaté et Alpha Condé.
Ceux qui s’étonnent aujourd’hui de cette nudité politique feignent l’amnésie. Quand on applaudit des médiocres durant des décennies, quand on érige l’insignifiance en compétence et l’arrogance en leadership, on récolte fatalement ce genre de spectacle obscène. La Guinée n’a pas été gouvernée ; elle a été confisquée par des profils sans vision, sans colonne vertébrale, sans amour réel pour la République.
L’avènement du CNRD aura eu un mérite inattendu, lever le voile. Comme l’a reconnu un jour le ministre Amara Camara, cette période a révélé la vraie nature de beaucoup. Des candélabres éteints, des brebis galeuses, des pilleurs de l’économie et des faux patriotes déguisés en hommes d’État ont été mis à nu. Ces individus ont pollué la scène politique, empesté certains cercles journalistiques, parasité la société civile et sali la diplomatie guinéenne, transformant l’espace public en cloaque de compromissions.
À cet égard, le président Mamadi Doumbouya aura rendu un grand service historique à la Guinée, celui d’obliger le pays à regarder son propre reflet, aussi laid soit-il. Les masques sont tombés, les impostures exposées, les carrières bâties sur le mensonge et l’opportunisme réduites à leur juste valeur : le néant.
Tibou Kamara et Makanera Kaké ne sont que les symptômes d’un mal plus profond. Beaucoup d’autres farfelus érigés en références, des bavards chroniques, des gueulards professionnels, des nains politiques occupant indûment le devant de la scène parce que le système a expulsé l’exigence, le mérite et la rigueur. Ils ne construisent rien, ils crient. Ils ne proposent rien, ils invectivent.
Et le comble de l’absurde guinéen est là, on avait même propulsé vers les sommets des individus dont le passé se résumait à descendre dans la boue, à semer le désordre, à confondre agitation et engagement. Quelle imposture nationale ! Quelle humiliation pour un pays qui regorge pourtant d’intelligences, de compétences et de patriotes silencieux.
Ce clash n’honore personne. Il n’est pas un accident, mais le produit pur d’un système malade qui a longtemps récompensé le pire et marginalisé le meilleur. Tant que la Guinée continuera à confondre le bruit avec la grandeur, elle restera prisonnière de ces spectacles indignes, pendant que l’avenir, lui, attend toujours des dirigeants à sa hauteur. A nos deux bavards et à tous ceux dans l’ombre, aussi nombreux qu’agités comme eux, qui pensent encore qu’on est à cette période d’agitation, détrompez-vous, et pour une fois épargnez la Vè république de vos bruits de moteur, elle ne sera ni séduite, ni intéressée. Ce qui l’incombe pour le moment, c’est comment désengorger la capitale des baraques et trouver des places pour nos mamans commerçantes? On corrige vos erreurs et votre manque de vision de l’avenir et c’est vous qui voulez continuer à bavarder. Pauvres de vous !
Paul KAMANO
Entrepreneur, activiste et business angel.










