À peine nommé, l’Honorable Cheick Tidiane Traoré, président de l’association Esprit GMD, attire déjà l’attention du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation.
Dans une lettre ouverte adressée au ministre de tutelle, il propose une réforme ambitieuse du secteur des télécommunications, fondée sur l’ouverture partielle du capital de Sotelgui et Areeba au privé guinéen, en cohérence avec la vision du programme Simandou 2040.
Selon l’auteur de la démarche, le quasi-monopole observé dans le secteur de la téléphonie mobile et des services numériques constitue aujourd’hui un frein majeur à la concurrence, à la souveraineté économique et à la captation locale de la valeur. Les opérateurs nationaux, pourtant stratégiques, peinent à jouer pleinement leur rôle dans un marché dominé par des acteurs étrangers.
Dans un contexte où le programme Simandou 2040 ambitionne une transformation structurelle de l’économie guinéenne, Honorable Cheick Tidiane Traoré estime que le numérique doit devenir un pilier central du développement national, et non un secteur périphérique.
Une ouverture du capital pour mobiliser l’épargne nationale
La proposition phare portée par Esprit GMD repose sur l’ouverture partielle et encadrée du capital social de Sotelgui et d’Areeba au privé guinéen. Concrètement, il s’agirait de créer un million d’actions d’une valeur unitaire de 100 dollars américains, permettant de mobiliser jusqu’à 100 millions de dollars d’épargne nationale.
Cette opération aurait un double impact : transformer les citoyens en copropriétaires d’infrastructures numériques stratégiques et favoriser l’émergence d’une classe moyenne patrimoniale, moteur de consommation, d’investissement et de croissance durable. Au-delà de l’aspect financier, la démarche se veut hautement symbolique, marquant le passage d’une économie de consommation à une économie de participation et de capital national.
Transparence, gouvernance et souveraineté comme préalables
Conscient des enjeux et des risques, le président d’Esprit GMD insiste sur la nécessité d’un cadre rigoureux. Il recommande notamment :
- la transformation juridique de Sotelgui et d’Areeba en sociétés anonymes conformes aux normes OHADA ;
- la réalisation d’audits financiers, techniques et juridiques indépendants afin d’assurer une valorisation crédible des actifs ;
- le renforcement du rôle de l’ARPT à travers une régulation asymétrique favorisant le partage d’infrastructures et l’amélioration de la qualité de service ;
- la mise en place de mécanismes de souveraineté, incluant une golden share et une minorité de blocage de l’État sur les actifs critiques (licences, fréquences, backbone national, centres de données).
Vers un corridor numérique adossé à Simandou
L’adossement de cette réforme au projet Simandou offrirait, selon lui, une opportunité historique de création d’un corridor numérique national, intégrant fibre optique, pôles technologiques et hubs d’innovation dans les zones minières et économiques. Une telle vision positionnerait la Guinée comme un futur hub de transit numérique au sein de l’espace CEDEAO.
Des garde-fous sont également proposés afin d’éviter toute concentration excessive du capital, notamment par l’instauration de plafonds de souscription, de tranches réservées aux ménages, aux PME et à la diaspora, ainsi que par la création d’un compte séquestre garantissant l’affectation exclusive des fonds levés à des investissements productifs.
Miser sur le capital humain
Enfin, Honorable Cheick Tidiane Traoré souligne que cette dynamique ne saurait réussir sans un investissement massif dans le capital humain. Il plaide pour le lancement d’un programme national « Jeunesse Numérique 2040 », axé sur la formation en réseaux, cybersécurité, développement logiciel et entrepreneuriat digital, afin de faire de la jeunesse guinéenne des productrices de solutions numériques plutôt que de simples consommatrices.
À travers cette initiative, Esprit GMD appelle les autorités à faire un choix stratégique clair : maintenir la Guinée dans une position de dépendance numérique ou l’engager résolument sur la voie d’une puissance numérique émergente, fondée sur la souveraineté, l’inclusion et la participation active des citoyens.
L’association se dit disponible pour accompagner les services techniques du ministère dans l’approfondissement de ces propositions, au service d’une économie numérique guinéenne compétitive et durable.










