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mardi, janvier 27, 2026
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Justice : Quand un journaliste s’emmêle les pinceaux dans « analyse » sélective qui ignore l’essentiel

L’article publié sur Le Dénonciateur 224 sous le titre « Les procédures judiciaires se poursuivent contre Ahmed Kanté dont l’innocence demeure incertaine et éthiquement contestée » prétend éclairer une affaire judiciaire complexe. Pourtant, il passe sous silence un élément central du dossier : l’origine contestée du document à l’origine des poursuites.

Madame Fatoumata Binta DRAME est poursuivie devant le Tribunal de Première Instance de Dixinn pour faux et usage de faux en écriture privée ainsi que pour tentative d’escroquerie. Le document en question est un courrier daté du 10 avril 2023, censé être signé par feu Claude LORCY et adressé au Président de la République. Or, la signature figurant sur ce courrier ne correspond pas à celle que feu LORCY apposait sur les documents officiels de la société AGB2A. Cette falsification présumée est au cœur d’une procédure judiciaire distincte, mais elle est totalement ignorée dans l’article.

 

Ce même courrier, dont l’authenticité est contestée dans le dossier de Dixinn, a pourtant été utilisé comme pièce maîtresse devant la CRIEF pour engager une procédure contre Ahmed Kanté. Le paradoxe est évident : un document contesté dans une juridiction devient une preuve recevable dans une autre. L’article ne soulève aucune question sur cette incohérence, préférant s’en tenir à une narration orientée.

CI-DESSOUS LA SIGNATURE ATTRIBUÉE À FEU CLAUDE LORCY SUR LE COURRIER DU 10 AVRIL 2023 QU’IL AURAIT ADRESSÉ AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Par ailleurs, les multiples demandes de renvoi formulées par Madame DRAME ont retardé l’audience. Il aura fallu une injonction du tribunal menaçant de refuser la parole à ses avocats pour qu’elle accepte de se présenter le 20 octobre 2025. Ce comportement procédural, révélateur d’une stratégie d’évitement, n’est jamais évoqué dans l’article, qui se concentre exclusivement sur les supposées zones d’ombre entourant Ahmed Kanté.

L’article affirme également que « ces procédures n’opposent pas directement ABC ou Mme Lorcy à Kanté, mais bien l’État guinéen, représenté par deux procureurs différents, contre Kanté, Lorcy et Rogers ». Cette présentation est trompeuse : ce n’est pas l’État qui a porté plainte contre M. Ahmed Kanté. Il s’agit d’une procédure initiée par des parties privées, et non d’une action publique au nom de la République.

Autre contrevérité relayée : « Tous les témoins, y compris SD-Mining et Claude Lorcy, ont témoigné contre lui, tandis que la défense n’a présenté ni témoins ni documents. Le procureur avait requis les peines maximales, incluant quatre ans de prison ». En réalité, M. Ahmed Kanté a fourni tous les documents nécessaires à la manifestation de la vérité. Ces éléments ont été déterminants dans la décision du tribunal de Kaloum, qui l’a reconnu non coupable. Jusqu’à preuve du contraire, la présomption d’innocence demeure un principe fondamental.

Enfin, l’article prétend qu’« une ordonnance récente de la CRIEF révèle que Kanté aurait créé GIC en utilisant des prête-noms comme actionnaires avant de devenir lui-même actionnaire ». Il s’agit là d’une affirmation gratuite : aucune ordonnance de la CRIEF ne contient de telles conclusions. Le journaliste ne fait que relayer des accusations infondées, émanant d’un groupe d’individus à la recherche de l’appât du gain. Il convient de rappeler que M. Ahmed Kanté n’est pas actionnaire de GIC et ne l’a jamais été.

Le traitement médiatique proposé par Le Dénonciateur 224 soulève une question de fond : comment peut-on prétendre à une analyse éthique tout en omettant volontairement les éléments qui affaiblissent la thèse de l’accusation ? Le choix de ne pas mentionner une procédure en cours pour faux et usage de faux, liée directement au document à l’origine de l’affaire, relève moins de la négligence que de l’intention.

Ce type de publication, en privilégiant le sensationnel au détriment de la rigueur, brouille la lecture des faits et alimente une perception biaisée de la justice. Il ne s’agit pas ici de défendre une partie contre une autre, mais de rappeler que l’intégrité journalistique repose sur l’exhaustivité, la vérification et l’équilibre. Ce que l’article en question ne respecte manifestement pas.

Aminata Sylla

 

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