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vendredi, juillet 3, 2026
POLITIQUE

Guinée : Elhadj Ibrahima Sory Cissé plaide pour une vraie décentralisation à Kindia et dans l’arrière-pays

C’est depuis la capitale guinéenne, où il réside, que ses yeux restent obstinément rivés sur l’arrière-pays. Enseignant-chercheur et figure de proue du monde associatif, Elhadj Ibrahima Sory Cissé mène un combat à distance mais ancré dans le réel : faire de la décentralisation une réalité tangible pour les populations de l’intérieur, et plus particulièrement celles de la région de Kindia.

Aujourd’hui au cœur d’une offensive médiatique intense dans les rédactions de Conakry, cet acteur de la société civile multiplie les casquettes. Secrétaire général de la Coordination des associations de ressortissants pour le développement intégré de Kindia (CARDIK) et de l’Association pour le développement réel de la sous-préfecture de Mambia (ADM), il est également le coordinateur national du Mouvement citoyen pour aider la décentralisation administrative (M-CADA). Un cumul de responsabilités dicté, selon lui, par l’urgence des blocages constatés sur le terrain.

Pour Elhadj Ibrahima Sory Cissé, le constat de départ est sans appel : les ONG locales se heurtent quotidiennement à des barrières institutionnelles qui étouffent les initiatives communautaires. Le M-CADA est né de cette frustration. L’objectif est de permettre aux populations locales de s’approprier les leviers du pouvoir communal pour que le « vrai développement » ne soit plus un slogan lointain, mais une réalité vécue.

Cette émancipation citoyenne passe impérativement par une moralisation de la vie publique locale. L’activiste insiste sur la nécessité de mener des processus électoraux transparents, capables de porter à la tête des mairies des dirigeants dotés de compétences, d’intégrité et de patriotisme. Sans ce sursaut qualitatif, prévient-il, la décentralisation restera une coquille vide.

Face aux disparités économiques flagrantes entre les différentes localités du pays, le chercheur balaie l’idée d’une fatalité qui condamnerait certaines communes à l’abandon. Pour lui, la clé de la répartition équitable des chances ne réside pas dans les ressources du sous-sol, mais dans le capital humain.

« Même avec d’immenses richesses territoriales, l’absence de capital humain qualifié condamne à l’échec. À l’inverse, une région dépourvue de ressources naturelles mais dotée de compétences saura innover par des initiatives locales. »

Cette approche nécessite une clarification pédagogique que le coordinateur du M-CADA s’efforce de vulgariser. Il rappelle la frontière stricte entre deux concepts souvent confondus. D’un côté, la décentralisation transfère des compétences et une autonomie de décision à des élus locaux choisis par la base. De l’autre, la déconcentration n’est qu’un déploiement d’agents nommés par l’État, comme les gouverneurs ou les préfets, pour exécuter les ordres du pouvoir central.

Le nœud du problème actuel, et la raison principale de la tournée médiatique d’Elhadj Ibrahima Sory Cissé, réside dans la rupture de communication entre le sommet de l’État et les communautés rurales. L’enseignant-chercheur dénonce un système d’information pyramidal opaque, où les réalités de la souffrance citoyenne sont systématiquement édulcorées ou bloquées par les administrateurs territoriaux lorsque ces rapports menacent leurs intérêts personnels.

Pour briser ce mur du silence, le M-CADA formule une proposition audacieuse auprès des plus hautes autorités : la création d’une Direction de la décentralisation et du développement local directement rattachée à la Présidence de la République.

Cette structure s’appuierait sur des réseaux d’ONG locales solidement formées et outillées. En établissant une plateforme de communication numérique directe entre la société civile et le chef de l’État, ce mécanisme permettrait de remonter des informations brutes, non filtrées, forçant ainsi les administrateurs indélicats à corriger définitivement leurs comportements.

Le message porté par Elhadj Ibrahima Sory Cissé se veut un plaidoyer autant qu’une mise en garde.

Aux citoyens, il conseille l’organisation collective, la vigilance et l’usage intensif du lobbying et du plaidoyer pour forcer l’écoute des autorités.

Aux gouvernants, il demande un sursaut d’empathie. Regrettant que certains agents publics privilégient leurs ambitions financières au détriment des urgences communautaires, il exhorte le président de la République à prêter une oreille attentive à ces propositions de réforme. L’avenir de la gouvernance locale en dépend.

Minkael BARRY

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